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Témoignage

La rencontre : assise face au mur, j’écoute le premier kusen de mon parcours prononcé par Gérard Chinrei Pilet.

C’est peu dire que je ne comprends pas grand chose, je suis en territoire inconnu dans une langue parfaitement étrangère et pourtant une certitude émerge : il y a là quelque chose ou plutôt QUELQUE CHOSE, je ne sais pas quoi, je verrai en route, j’y vais et tant pis pour la petite méfiance initiale (où suis-je, pourquoi ce formalisme, etc..).

Zazen après zazen, le puzzle s’assemblera et Gérard, régulièrement, s’assurera que « tout va bien ? » et écoutera attentivement mes remarques et commentaires, une écoute sincère et compatissante, un accueil sans jugement. Je me sais entendue et toujours grandie. Comme chacun des membres de la Sangha. (A la parution de son dernier livre, à la remarque : « tu t’adresses là, à des bouddhas » « Exactement, à des bouddhas » a-t-il répondu dans un large sourire… )

Pour preuve, les réponses pendant les mondo, LE REFLET N°18 5 simples, et ouvrant à une précises compréhension large, plus vaste que ce à quoi on aurait pu s’attendre, même après une question confuse. Des réponses toujours étayées par des références aux Maîtres et aux Patriarches, Gérard est un passeur, un maillon de la longue chaîne, il transmet avec foi, humilité et gratitude, ses rappels fréquents à Maître Deshimaru en témoignent.

Son éclairage du Dharma, clair et fidèle est à l’origine du grand respect qu’il inspire.

Il autorise cependant, une grande proximité à l’extérieur du dojo, bien loin du maître demidieu, s’entourant de mystère, inaccessible et jalousement « protégé » par un cercle restreint d’élus.

Là aussi, Gérard répond à toutes les questions avec simplicité et sincérité. Le mot le plus fréquent de son vocabulaire est « OUI », pas forcément un accord, plutôt un accusé de réception, quelque chose comme « je t’ai entendu(e) ».

Et puis les entretiens, indispensables à l’accompagnement individuel. Pour chacune de mes demandes, Gérard s’est rendu disponible très rapidement et, patiemment, attentivement, il a écouté les difficultés ou les questions exposées, sur fond de connivence respectueuse et de compassion digne.

Aucune complaisance cependant, je me souviens d’un de ses « diagnostics », résumé en un seul mot prononcé avec une paisible certitude qui a, momentanément, fait voler en éclats l’ego et ses mensonges, une secousse aussi violente que salutaire avec pour résultat une avancée majeure pour moi. Le tout, sans attente de retour, sans sentiment de dette, une aide mushotoku et à la fin de l’entrevue, une unité contente.

En tant que disciple, mon devoir est finalement assez simple : pratiquer ses enseignements avec constance, suivre ses conseils pour en vérifier l’efficacité, apporter mon aide le mieux possible quand elle est sollicitée, lui accorder ma confiance et l’autoriser à m’aider quand j’en ressens le besoin sans rien cacher de mes doutes ou de mes difficultés.

Cela sans le transformer en père ou en psychothérapeute, dans une distance respectueuse, sans attachement (ce qui s’avère plus difficile à réaliser qu’à énoncer).

Autre illustration de cette relation maître-disciple : lors d’une sesshin d’été, je précède Gérard avec la clochette pour le raccompagner. Nous passons devant la cuisine, un torchon mis à sécher a glissé au sol. Contrairement à moi, Gérard le ramasse et le replace sur son rocherétendoir, simple et bel enseignement par l’exemple.

C’est peut-être ça un maître zen, quelqu’un à observer. Sans trône ni piédestal. Quelqu’un qui montre aussi rigueur et grande exigence, pas de blâme mais aucun laxisme même sur les plus petits détails. Et on comprend qu’il n’y a pas de « petits » détails.

« Quand tu fais quelque chose, fais-le jusqu’au bout » m’a-t-il dit un jour, ce conseil m’accompagne quotidiennement depuis.

Il montre le chemin plus qu’il ne le théorise, et d’ailleurs il ne théorise pas, il éclaire ce dont il est l’héritier. Ses kusen, toujours basés sur les sutras ou les écrits de Patriarches, permettent d’avoir une nouvelle perspective sur tel ou tel enseignement répété encore et encore mais toujours neuf, toujours frais, la goutte d’eau intarissable qui finit par trouer le granit.

Une foi inébranlable qui repose sur une véritable expérience.

« Essaie zazen au milieu de la nuit, (quand tu n’arrives pas à dormir) tu verras, il y a une qualité de silence très profonde et très paisible », testé et approuvé ! Comme la plupart de ses conseils jusqu’à présent.

Il ne s’agit pas de croire, il s’agit de vérifier par soi-même, et quel que soit le choix, il sera respecté et compris.

On pourrait comparer la relation maître-disciple à la couture du kesa : des morceaux très précis (les enseignements) qui assemblés patiemment (chaque zazen est un point concentré), finissent par former un tout précieux, un « grand vêtement de la libération », qui protège et oblige, qui manifeste notre être véritable, non différent de celui du guide qu’on s’est choisi, Fu Ni.

Bien sûr, le chemin est encore très long mais petit à petit, grâce à sa guidance bienveillante et sûre, j’arrête de regarder son doigt quand il montre la lune et j’éprouve une profonde gratitude envers mon Maître, Gérard Chinrei Pilet.

Marie-Ange Do Myo Traub