Kusen

Dans le zen et dans le bouddhisme en général, on accorde une grande importance aux trois trésors : le Bouddha, le Dharma, la Sangha. Prendre refuge dans les trois trésors fait partie des préceptes que l’on reçoit lors de l’ordination de moine et de nonne. On les appelle aussi les trois refuges car ils nous permettent de réaliser notre véritable nature et ainsi de nous libérer de la ronde des naissances et des morts, de la ronde du samsara, donnant ainsi à notre vie humaine sa véritable dimension.
Le premier trésor, le Bouddha, c’est bien sûr le Bouddha Shakyamuni, le maître originel de toute la lignée de transmission, mais c’est aussi le bouddha présent en nous, la graine de l’Éveil présente en nous. Prendre refuge dans le Bouddha c’est à la fois prendre refuge dans la foi que nous avons envers le maître originel, le Bouddha Shakyamuni, mais c’est aussi prendre refuge en notre véritable nature, en notre nature de bouddha.
Prendre refuge dans le Dharma, second trésor, c’est prendre refuge dans l’enseignement du Bouddha qui s’est propagé au fil des siècles par le biais de la transmission. C’est une prise de refuge importante car sur la Voie, il ne s’agit pas de suivre les pensées illusoires et les conceptions erronées qui sont bien souvent le fruit du mental, mais de parcourir la Voie en se fiant aux enseignements de l’Éveillé qui parle avec autorité parce qu’il a parcouru lui-même le chemin conduisant à l’Éveil. Le Dharma c’est aussi l’ordre cosmique. Maître Deshimaru ne cessait de nous répéter « follow cosmic order », suivez l’ordre cosmique. En d’autres mots, ne suivez pas votre ego, ne tombez pas dans l’individualisme, conformez-vous à la vérité de l’ordre cosmique.
Et le troisième trésor, le troisième refuge sur le chemin de la libération, c’est la Sangha, l’assemblée des pratiquants. Ne vous séparerz pas de la Sangha, pratiquez aussi souvent que possible en Sangha. La Sangha nous protège de l’errance et des illusions de toutes sortes. Elle est aussi ce qui permet à notre pratique d’acquérir force, puissance et foi.
Ces trois grands refuges, le Bouddha, le Dharma, la Sangha constituent une aide indispensable sur la Voie. Cette grande vérité n’exclut pas cette autre vérité exprimée par le Bouddha que « chacun doit être son propre refuge », chacun doit « s’étudier soi-même en contrôlant le mental et les cinq sens ». A ce sujet, il dit qu’on peut être son propre ami comme son propre ennemi.
On est, dit-il, son propre ami lorsqu’on veille à contrôler le mental et les sens et son propre ennemi quand on est emporté par le mental et les sens.
Vous connaissez sans doute cette histoire zen où quelqu’un, croisant un cavalier lancé sur sa monture à toute allure, lui demande : « Mais où allez-vous ainsi, lancé à pleine vitesse ? » « Je n’en sais rien, demande à mon cheval », répond le cavalier. . C’est une histoire intéressante qui montre la nécessité d’être vis-à-vis de soi-même un bon cavalier qui sait maitriser sa monture, qui n’est pas emporté par les premières idées folles venues ou par la première passion venue.
Pour maintenir sa pratique, au fil des mois et des années, il est important d’être ce bon cavalier qui sait où il va, et qui dirige sa monture en conséquence, veillant à ce que le cheval ne l’embarque pas à droite ou à gauche à son insu.
Pratiqué régulièrement, zazen nous aide à être ce bon cavalier qui suit le chemin tracé par la Voie et ne laisse pas son cheval aller au gré de ses humeurs et de ses impulsions. Maître Deshimaru nous disait souvent que sur la Voie c’est comme dans la vie, si on veut réussir il faut être concentré sur son objectif, ne pas se laisser disperser, ne pas aller un jour à droite puis l’autre jour à gauche, puis le troisième jour, faire demi-tour. Gardons toujours présent à l’esprit que le plus important dans une vie d’homme c’est la pratique de la Voie, que c’est une chance immense de l’avoir rencontrée et que nous devons en conséquence y être fidèles, comme un bon cavalier qui veille à ce que sa monture suive le chemin correct. En somme, les trois refuges, le Bouddha, le Dharma et la Sangha, sont une aide indispensable pour être à soi-même son propre refuge.
Gérard Chinrei Pilet
