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Journée de zazen du 8 décembre 2024

  • Mondo

Mondo

Q1 : On dit qu’on fait zazen sans but ni profit mais on se rend bien compte en pratiquant qu’on en retire des bénéfices personnels. Parfois quand je suis en colère ou énervée, je vais m ‘isoler et faire un zazen. Du coup je me retrouve dans la situation ou je fais zazen avant tout pour moi. Je peux me dire que les autres vont en tirer un bénéfice puisque je vais me calmer et me sentir mieux. Dans une telle situation, est ce qu’il vaut mieux de trouver un autre moyen pour me calmer que de faire zazen ou bien estce que je me mets en zazen pour que ça aille mieux pour moi et pour tout le monde ?

– Il faut surtout choisir cette seconde solution. Tu te mets en zazen et, comme tu le dis, cette pratique de zazen va te permettre de redevenir plus calme, la colère va passer et l’enseignement que zazen te donne, en te permettant de retrouver le calme, c’est que ta colère aussi est ku, vacuité, fondamentalement elle n’a aucune substance. Cela permet de comprendre que zazen est infini parce que si ce zazen a le pouvoir de calmer ta colère, c’est parce qu’il opère le retour à l’esprit vaste et que vu de l’esprit vaste, la colère n’est qu’un phénomène passager. Zazen est toujours au-delà des bénéfices que l’ego pourrait vouloir en retirer. Alors il faut surtout continuer comme ça. En colère, ok je me mets en zazen et je laisse zazen faire zazen. A ce sujet, je voudrais aussi rappeler que le zazen mushotoku ne consiste pas à nier le fait que zazen produise des mérites, ce serait nier la réalité. Zazen produit des mérites, et donne des résultats. Tout à l’heure en entretien, quelqu’un me disait « c’est fou ce que zazen m’a fait changer ». Oui c’est le miracle de zazen, de la nature de bouddha, de l’inconditionné. Mushotoku signifie qu’il ne faut pas s’attacher aux mérites produits, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de mérites mais éviter que l’ego se les approprie. Des mérites apparaissent, laissons-les apparaître, c’est tout.
Il arrivait qu’en kusen, Maître Deshimaru nous fasse une longue liste des mérites de zazen. La liste était longue et cela l’amusait de nous faire une liste aussi longue, pendant qu’en zazen on se demandait si c’est bientôt fini ! Mais à chaque fois, quand il avait bien énuméré tous les avantages, il nous disait à la fin ; « quoi qu’il en soit, ne vous y attachez pas ! » C’est ça mushotoku. Quoi qu’il en soit, ne vous y attachez pas. Parce que s’y attacher, c’est ramener zazen à la dimension de l’ego alors qu’il nous faut laisser zazen à sa vastitude. que C’est pourquoi je dis toujours que zazen fait zazen. Laissez faire zazen et les mérites arrivent. Il n’y a pas besoin de l’ego pour que les mérites arrivent. Non seulement ça mais il y a encore plus de mérites lorsque l’ego ne s’en occupe pas.

Q2 : A la question du qui suis-je, le Bouddha répond par des « ni, ni, ni … ». Cela ne produitil pas une sorte de vertige ; en fait je suis qui si je ne suis ni cela, ni cela, ni cela ?

– Il ne faut pas en rester au « ni, ni, ni » sinon on peut tomber dans le nihilisme. Qu’est-ce que ce « ni ni ni » nous révèle, permet de nous rendre conscient ? Son intérêt spirituel est énorme, il nous ouvre la porte à ce LE REFLET N°19 5 que l’on ne peut vraiment nommer et qui est, – si on veut employer des mots -, la conscience originelle, le visage originel comme on dit dans le zen, nature de bouddha. Bouddha a pris conscience, en s’ouvrant à la conscience originelle qu’il a réalisé l’immortalité, c’est à dire le fait que cette conscience-là n’apparaît ni de disparaît.
Avec l’enseignement du Bouddha et celui du zen tout particulièrement, on est toujours au bord du précipice, celui de tomber dans le nihilisme. Et ce qui nous permet de ne pas tomber dans le nihilisme c’est ce que zazen révèle de notre nature originelle. C’est une question à laquelle il est difficile de répondre par les mots, seule la pratique peut vraiment y répondre. Le Bouddha ne s’en est jamais caché, il a toujours dit : la Voie que j’indique n’est pas facile, parce que ce n’est pas une Voie qu’on peut comprendre en restant à sa périphérie, en la regardant de l’extérieur. C’est une Voie que l’on ne peut comprendre que si on rentre dedans, que si on l’incarne dans notre pratique et notre vie.

Gérard Chinrei Pilet