Mondo
Q : J’aimerais avoir tes précisions à propos de la liberté dans la relation maître-disciple.
La liberté dans la relation maître-disciple doit procéder d’un contrat clairement explicité et celui-ci peut avoir différents niveaux possibles. Le contrat qui peut sembler le plus exigeant est celui en lien avec une vie monastique dans laquelle le disciple suit le gyoji quotidien du temple et doit sa subsistance à la congrégation dans laquelle il se trouve. Dans ce cas, le contrat est le suivant : le disciple ne prend pas de décision, ne fait pas de choix sans avoir l’approbation du maître. Supposons que le disciple veuille partir deux ou trois jours, il ne le fera pas sans avoir l’assentiment du maître.
Pour autant, il ne faut pas considérer que dans un contrat de ce type, la liberté chez le disciple n’existe plus, ce serait faux parce que c’est de son plein gré que le disciple s’est engagé dans une vie monastique. C’est autant un contrat vis-vis de lui-même qu’il a pris qu’un contrat vis-à-vis du maître.
Il y aurait une confiscation de la liberté si ce type de relation maître-disciple était imposé au disciple sans son accord. Mais dès lors où c’est de son propre-chef et de son plein gré que le disciple s’est engagé dans ce type de relation, il n’y a pas entrave à la liberté. Au contraire, d’une certaine manière, certains considèreront que c’est remettre sa vie entre les mains de celui qui, aux yeux du disciple, représente le Bouddha. Dans le Christianisme, le disciple considérera qu’il a remis sa liberté à Dieu par l’intermédiaire de l’obéissance à son supérieur. Dans le cadre d’une relation maître-disciple qui ne se déroule pas dans un cadre monastique, ce qui est le plus souvent le cas dans la sangha héritée de maître Deshimaru, le disciple s’en remet à son maître pour ce qui touche aux questions ayant à voir avec la pratique de la Voie. Si le disciple veut prendre trois semaines de vacances, il n’ira pas demander au maître l’autorisation de s’absenter.
Dans un contrat maître-disciple de ce type-là, le maître n’interfère pas dans la vie privée du disciple. Si le disciple veut parler à son maître de sa vie privée, il peut le faire. S’il ne veut pas le faire, il ne le fait pas. Il est totalement libre, si on peut dire. Dans ce cas de figure, l’engagement du disciple vis-à-vis du maître repose sur la confiance. Le disciple a confiance en son maître et s’en remet à lui pour tout ce qui touche à son évolution spirituelle et aux problèmes qu’il peut rencontrer sur la Voie. Le maître lui donnera des conseils mais ne lui ordonnera pas de faire ceci ou cela.
Si cette relation de confiance est rompue, dans ce cas, si le disciple est correct, il va voir le maître et lui dit qu’il ne souhaite plus suivre son enseignement pour telle ou telle raison. S’il n’a pas cette correction, il suspendra cette relation sans même en avertir le maître.
Donc dans ce type de contrat, ce qui fonde vraiment la force de la relation maître-disciple c’est la confiance du disciple envers son maître. Si sur ces bases-là, cette relation maîtredisciple devient vraiment intime, i shin den shin, le disciple aura l’élan intérieur à s’accorder étroitement à l’enseignement de son maître et à suivre les conseils que le maître peut lui donner.
Dans ce type de relation, la balle est beaucoup dans le camp du disciple. C’est beaucoup du disciple que dépend la profondeur de la relation. Le maître évidemment y contribue mais c’est le disciple qui l’initie. En résumé, la relation maître-disciple est très importante sur la Voie et il est important de ce fait que le disciple ait une vision claire de la nature exacte de la relation spirituelle qui le lie à son maître.
Q : Merci de cet éclairage car dans la sangha AZI, les différents maîtres ne déclinent pas les choses de la même façon et je trouve que c’est important que ce soit clairement explicité pour ce qui nous concerne notre sangha.