« La capitale doit encore flamboyer du feuillage aux teintes automnales. Dans cette lointaine montagne Il y avait de la grêle ce matin et de la grêle ce soir. » Dôgen
« La lointaine montagne » qu’évoque ici maître Dôgen est celle dans laquelle il vient de s’installer et où il va fonder Eiheiji après avoir quitté « la capitale », en l’occurrence Kyôto. Dôgen y semble un peu surpris que la grêle annonciatrice de l’hiver s’invite déjà à Echizen alors que Kyôto « doit encore flamboyer du feuillage aux teintes automnales ».
Outre son sens littéral, ce poème est une belle mise en contraste des phénomènes, LE REFLET N°18 représentés par la capitale et le flamboiement des feuillages d’automne, avec la vacuité, représentée par le manteau d’une blancheur uniforme recouvrant la montagne. Il est aussi mise en contraste du monde ordinaire, où nous sommes happés par la magie ensorceleuse des phénomènes, avec le monde de zazen, symbolisé par « la lointaine montagne », où s’opère le retour à ku et avec lui le retour à la paix inhérente à notre véritable nature.
Ce poème évoque enfin notre vie de pratiquant, passant chaque jour de nos activités quotidiennes où les phénomènes miroitent de mille couleurs variées, à l’assise silencieuse du petit matin ou à celle du crépuscule où les phénomènes sont vus dans leur nudité originelle.